#1 Le Verbe – Vers une politique sans sacré par Sylvie Taussig

Extrait:

La pensée contemporaine, souvent schmittienne sans le savoir, adhère globalement, et de façon non critique, à l’idée que « tous les concepts prégnants de la théorie moderne de l’Etat seraient des concepts théologiques sécularisés ». Pour certains, l’empreinte du religieux habite même la laïcité qui serait d’autant plus sacralisée en dogme intouchable et non questionnée de la République française qu’elle serait un terme intraduisible. De nombreuses affirmations et propositions qui fusent en tous sens en ce temps qui est le nôtre, où la question religieuse revient au premier plan, ne s’entendent que si elles sont prononcées dans l’à peu près d’un discours polémique ou idéologique et se fondent sur cette conception schmittienne : la loi serait la sécularisation de la Loi et donc descendrait du Verbe incarné, sinon s’identifierait avec lui, puisque, dans le christianisme, c’est Lui qui accomplit la loi.

Les critiques n’ont aucune difficulté à montrer que la République sacralise son drapeau ou son hymne, qu’elle organise des cérémonies qui ne relèvent pas de la pure rationalité comme le voudrait la politique des Lumières et que, partant, l’universalisme auquel elle prétend est un pur effet de langage, voire un instrument impérialiste masquant mal le désir d’imposer sa vision et sa culture particulière (le christianisme puis sa version sécularisée) au monde. D’où la nécessité, d’une part, de démasquer l’imposture et aussi d’introduire les particularismes culturels des autres traditions dont des représentants se trouvent sur le territoire, de façon à créer de l’égalité entre les citoyens, voire à donner à la République, nourrie d’une plus grande quantité de références culturelles, d’accéder à davantage de composantes (ou d’universalisme entendu comme une addition de toutes les diversités humaines).


L’intégralité de l’article est disponible en version pdf ou dans notre revue papier.


Sylvie TAUSSIG est écrivain, chercheuse au CNRS – histoire des idées au 17 e siècle, et présidente et fondatrice de IRENE – identités et religions : étude des nouveaux enjeux. Ancienne élève de l’ENS, elle nous propose un texte exceptionnel sur la laïcité, sur le sacré en politique. 

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