#1 Le Verbe – L’atteinte et l’attente chez Musil (littérature) – Tobias Haberkorn

Extrait:

L’Homme sans qualités est certainement l’une des oeuvres littéraires les plus volumineuses du vingtième siècle. Vingt-cinq années de recherche et d’écriture, une vie bouleversée par des crises économiques et politiques, un exil genevois mal vécu et brusquement terminé par une attaque cérébrale … Les raisons qui ont pu conduire Robert Musil, l’auteur, à produire l’un des fragments les plus capitaux de la littérature moderne sont complexes. Mais tout n’est pas une affaire de circonstances. Une nouvelle édition, enfin complète, des écrits de Musil, recentre son oeuvre autour d’un noeud vraisemblablement inextricable : l’autre état recherché par les personnages d’Ulrich et Agathe dans le second tome de L’Homme sans qualités.

Ce n’est que la reconstitution intégrale des parties inédites de ce roman – un corpus manuscrit qui compte environ 5 000 feuilles – qui révèle à quel point la quête mystique orientait l’écriture musilienne dans son ensemble et le mena, à l’en croire, dans une impasse. Le premier tome, paru en 1930, compte 700 pages mordantes d’ironie et saturées de réflexion qui valurent à Musil la gloire littéraire et à son alter égo, Ulrich, le statut d’un symbole : un jeune homme pourvu de tous les talents mais ayant perdu le sens de s’en servir se reconnaît « homme sans qualités » à l’instar d’une Europe moderniste où l’esprit tourne dans le vide. Autour de lui, à Vienne en 1913, s’agite un comité d’intellectuels et de mondains nommé « Action parallèle » et qui a pour ambition de réaliser « la plus belle idée du monde ». Le trait de génie du roman consiste à nous laisser dans le doute de savoir si cette grandiloquence est le symptôme ou la cause de l’acheminement vers la Grande Guerre que l’Austro-Hongrie effectue en réalité.


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Tobias HABERKORN est né en Allemagne. Journaliste et traducteur, il écrit une thèse sur « Le problème du ‹ trop › en littérature » à l’EHESS. 

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