La mode s’immisce dans la religion, la religion s’immisce dans la mode.

La polémique autour de la mode dite « islamique » ne cesse d’enfler. Les débats se résument simplement : pour les uns, le voile est le symbole de l’asservissement de la femme, et pour les autres, en France du moins, le voile est un choix. Les politiques comme Laurence Rossignol ou Valls qui jugent irresponsables les marques investissant sur ces marchés se font les défenseurs de l’émancipation de la femme. La critique envers les marques de mode entrées sur ce marché comme H&M, Uniqlo, Marks&Spencer ou Dolce & Gabbana se fait virulente, avec de nombreux appels au boycott.

Une création de la ligne "Abaya" de Dolce&Gabbana [AFP PHOTO / DOLCE&GABBANA]
La ligne « Abaya » de Dolce&Gabbana [AFP PHOTO / DOLCE&GABBANA]

Se tourner vers l’histoire de l’évolution de l’émancipation de la femme en occident permet de pouvoir penser autrement le débat. L’accès au travail et à la mode a grandement participé à cette émancipation. Lorsque Chanel a révolutionné la mode féminine en desserrant les corsets des femmes, en proposant le tailleur pantalon, elle a donné aux femmes le pouvoir de tendre à être l’égal de l’homme. Et dans les années 60, Courrèges bouleverse la mode avec sa mini jupe. « Elle est devenue une femme maîtresse de son corps avec la mini jupe, et elle est devenue une femme qui se met à niveau égal avec l’homme avec le pantalon. La mode a donc toujours donné un nouvel élan dans les mentalités. » peut-on lire sur lasubversion.blogspot.fr

Il a fallu que la femme prenne le pouvoir sur son vestiaire, pour pouvoir s’identifier à lui et bouleverser la fonction première de ses tenues. Ester Benbassa, sénatrice et directrice d’études à l’EPHE, a écrit une tribune dans Libération : Le voile, pas plus aliénant que la minijupe, tempérant ainsi les uns et questionnant les autres.

Sociologiquement parlant, on peut donc penser que l’objet du voile symbolique deviendrait dans le temps, progressivement, héritage culturel plus que symbole religieux. Tout comme, ne l’oublions pas, dans nos campagnes les femmes il y a quelques décennies encore, se couvraient la tête d’un fichu. Lorsque le voile est porté tout en noir dessinant les contours du visage il est codifié par une symbolique stricte du radicalisme, mais lorsqu’il est stylisé, il devient « modeux » et permet alors à la femme de s’approprier l’objet et sa symbolique pour s’émanciper de toute emprise masculine.  

Par ailleurs, un islamiste radical, ne tolérerait de toute façon pas que le vêtement soit détourné. Il faut donc bien comprendre, que dans le radicalisme les codes vestimentaires sont extrêmement figés et qu’il faudra donc un long combat à ces femmes pour y apporter d’autres couleurs, d’autres coupes et volumes. Il faut imaginer dans un couple où la femme asservie demanderait à agrémenter sa tenue, elle serait alors dans l’argumentation, la prise de position et la prise de liberté. La liberté ne se mesurant pas seulement à la longueur des jupes. Alors voiles, robes, tuniques, et maillot de bain, avec le temps modifieront leur fonction actuellement codifiée, pour devenir une véritable liberté, celle d’être portés ou non.  Pour les autres femmes qui aujourd’hui portent volontairement dans leur vestiaire un symbole religieux, il n’en sera que plus « le leur ».

Ne faut-il donc pas encourager les marques sur ces marchés, non pas par gourmandise économique mais pour aider à l’émancipation des femmes, là où le choix du vêtement donne de la liberté.

Une création de la ligne "Abaya" de Dolce&Gabbana [AFP PHOTO / DOLCE&GABBANA]
Une création de la ligne "Abaya" de Dolce&Gabbana [AFP PHOTO / DOLCE&GABBANA]

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