Les enseignements du chagrin de Mo Minahan

Six années au prise d’un chagrin ont été d’un grand enseignement. Il y a cinq points que je peux verbaliser et enfin poser sur le papier. J’ai le sentiment que j’apprendrais de ce chagrin tout le reste de ma vie.

Le chagrin m’a enseigné que parfois, je n’ai pas à lâcher prise. Je dois juste l’évacuer, le libérer.

Au travers de l’écriture, des mots, du mouvement, des larmes, parfois par les cris à pleins poumons ou en chuchotant contre le vent. Le chemin pour arriver au coeur du chagrin est étroit, mais le chemin pour en sortir ne tient qu’à soi.

Le chagrin m’a enseigné que libérer cette peine n’est pas y renoncer.

Mon chagrin est mien pour toujours. Quand je le relâche dans le monde par des mots, des échanges ou des larmes, il est libre de me quitter un temps ou de revenir de suite, tel qu’il est ou muté, mais toujours accueilli avec bienveillance dans mon coeur.

Le chagrin m’a enseigné ce que signifie être vulnérable.

Non pas de la manière dont nous choisissons d’être vulnérables. La façon dont la vie démolit chaque mur que nous avons construit, chaque étiquette que nous avons revendiquée, chaque rôles auxquels nous nous sommes identifiés, et révèle un coeur brisé, battant, qui n’est pas sûr de savoir s’il veut vivre ou mourir.

Avec la pratique spirituelle je me suis rendue compte qu’au-delà du fleuve de larmes, il y a de l’autre côté de la rive un autre coeur battant qui attend d’entendre ce que j’ai à dire. Et si je peux endurer les flots qui me font me sentir si exposée et vulnérable, je recevrai alors le cadeau d’être vue et entendue.

Le chagrin m’a enseigné que je ne suis pas seule.

Je ne l’avais pas réalisé alors, mais en regardant en arrière, je comprends que même quand aucun être ne pouvait me consoler, Dame Nature était apaisante avec ses lunes brillantes, ses océans sauvages et ses fleurs dansantes. Elle m’enseignait quelque chose de la nature humaine, de l’obscurité et de la lumière, du cycle de la vie.

Elle prenait mes mots et s’en faisait l’echo, brouillant leurs formes sur leur voyage et ainsi en me les retournant les rendaient plus doux à mon âme.

Le chagrin m’a enseigné qu’il croît avant de diminuer. 

La liste de ce dont je dois faire le deuil ne tient pas en une ligne mais en quantités de pages. Parce que je n’ai pas juste perdu un être que j’aimais. J’ai perdu le son de ses pas dans le couloir, le son de l’eau qui coule lorsqu’il se brossait les dents, la vue de son visage dans l’entrée, sa voix au téléphone, la possibilité d’aller vers lui et de le toucher.

Chacun a sa propre liste, unique et infinie. J’essaye d’honorer la vie en ne me détournant pas de ma liste de pertes, en ne disant pas ce qu’elle devrait contenir, en ne la comparant pas à celles des autres.

Ce chagrin, est une mère pour moi. Il m’a mis au monde dans une expérience que je n’attendais pas. Et je ne savais pas si j’allais survivre. Mais ensemble nous traversons la vie, trébuchant et apprenant, faisant le deuil et célébrant, chaque pas nous enseignant ce que nous devons savoir sur ce que signifie la vie, ce que signifie aimer et perdre.

Monique Minahan écrit sur le chagrin, le deuil et l’être. Elle enseigne le yoga comme une forme de mouvement médicinal. Elle croit qu’il faut se lever et faire face à la vie avant de s’asseoir et d’écrire, et de s’écouter afin de garder des paroles vivantes et authentiques. Rejoignez-la sur moniqueminahan.com et sur les réseaux sociaux  www.twitter.com/mominahan et Facebook

Peinture de Patrice Carpentier
Peinture de Patrice Carpentier

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